Գագիկ Ծառուկյանը պետք է անհապաղ ազատ արձակվի. Դեմիր Սոնմեզ
Gagik Tsarukyan doit être libéré immédiatement ! par Demir Sönmez
J’écris cette lettre ouverte en ma qualité de journaliste, d’auteur, de photojournaliste et de défenseur des droits de l’homme.
Bien que je sois d’origine arménienne et de nationalité suisse, je ne suis pas citoyen de la République d’Arménie et n’ai donc pas le droit de vote en Arménie. C’est pourquoi je n’ai soutenu ni approuvé aucun parti politique au cours du processus électoral. J’ai suivi les élections uniquement en ma qualité de journaliste et d’observateur indépendant.
En tant que journaliste et auteur ayant travaillé pendant de nombreuses années comme correspondant aux Nations Unies, j’exprime ici mes opinions en m’appuyant sur mes nombreuses années d’expérience professionnelle, mes observations et mon engagement en faveur des droits de l’homme.
Ma seule raison d’écrire cette lettre est d’exprimer sincèrement mes profondes inquiétudes concernant l’avenir de mon pays, l’Arménie.
D’après ce que j’ai pu observer — et je ne peux parler que d’Erevan —, les élections du 7 juin se sont déroulées dans un climat démocratique, transparent et serein. Le fait que les 18 partis politiques participant aux élections aient respecté les résultats des urnes constitue une attitude extrêmement importante et précieuse pour la démocratie arménienne.
M. Nikol Pashinyan a remporté un succès significatif lors de ces élections et, par la volonté du peuple, a gagné le droit de gouverner le pays. Le peuple arménien et l’opposition ont respecté cette volonté démocratique exprimée dans les urnes.
Cependant, la démocratie ne se résume pas à remporter des élections. La démocratie signifie respecter l’État de droit, les droits de l’homme, les droits et libertés fondamentaux, les opinions divergentes et l’existence de l’opposition.
Malheureusement, de sérieuses inquiétudes émergent aujourd’hui quant au fait que cette victoire électorale, au lieu de contribuer à renforcer la démocratie, pourrait se transformer en un instrument de pression pesant sur l’opposition.
Aujourd’hui, M. Pashinyan doit unir plutôt que diviser. Il ne doit pas oublier qu’il est le Premier ministre non seulement de ceux qui ont voté pour lui, mais de l’ensemble du peuple arménien, et qu’il a la responsabilité de représenter tous les citoyens.
Pour M. Pashinyan, collaborer avec les dirigeants des 18 partis politiques ayant participé aux élections dans un esprit de dialogue, de respect mutuel et d’harmonie constitue l’une des conditions préalables fondamentales à la concrétisation de la vision d’une Arménie forte et démocratique, tournée vers l’avenir avec confiance.
Diviser la société, s’engager dans la confrontation, se livrer à des règlements de comptes politiques, agir par vengeance et par ressentiment, ou négliger une partie quelconque de la société n’apporte aucun bénéfice à quiconque ni à aucun pays. Au contraire, de telles approches aggravent la polarisation sociale, sapent la confiance dans la démocratie et nuisent à l’avenir du pays.
Depuis plusieurs jours, je suis, à travers la presse, avec une grande tristesse, une vive inquiétude et une profonde consternation, les mesures prises à l’encontre de M. Gagik Tsarukyan.
M. Gagik Tsarukyan est le dirigeant d’un parti politique, une personnalité politique qui a recueilli environ 4 % des suffrages du peuple arménien, ainsi qu’un homme d’affaires de renom. Il est donc primordial que toutes les procédures judiciaires et administratives le concernant soient menées dans le respect de l’État de droit, de la présomption d’innocence et de la dignité humaine.
Je tiens à souligner en particulier que nul ne peut ni ne doit être déclaré coupable sans jugement définitif d’un tribunal. La présomption d’innocence est l’un des principes les plus fondamentaux et universels du droit.
Les images rendues publiques concernant la perquisition au domicile de M. Tsarukyan sont extrêmement troublantes et difficiles à accepter, tant du point de vue de l’Arménie qu’au regard des principes du droit international et des droits de l’homme.
D’après ce que j’ai pu constater sur les images publiées par les médias, le traitement infligé à M. Tsarukyan était de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine et suscitait de vives inquiétudes. La torture et les traitements inhumains ou dégradants sont strictement interdits par le droit international.
Dans le même temps, l’attitude calme et digne dont a fait preuve M. Gagik Tsarukyan lors de son arrestation était également frappante. À mon sens, le fait qu’il souriait sur les images rendues publiques constituait une réaction tout à fait humaine et significative. Ce sourire peut être interprété comme le signe qu’il ne s’est pas laissé dominer par la peur face aux mesures prises à son encontre et qu’il exprimait, silencieusement mais avec force, la dimension tragicomique de ce qui se passait.
Parfois, le rire n’est pas seulement l’expression du bonheur. Le rire est une forme de résistance pacifique qui jaillit du fond de l’âme humaine contre la peur, la pression et l’injustice. En ce sens, le rire est un acte révolutionnaire.
Le rire est l’une des expressions les plus profondes de la sincérité humaine. La capacité à sourire même dans les moments les plus difficiles montre qu’une personne préserve sa dignité, sa liberté intérieure et son espoir. À mes yeux, le sourire de M. Tsarukyan était également un message puissant qui défendait la dignité humaine face aux événements et en disait long en silence.
Nous ne devons pas oublier que l’Arménie est membre des Nations unies et État membre du Conseil de l’Europe. Elle a également signé et ratifié la Convention européenne des droits de l’homme. Elle a donc la responsabilité de respecter ses obligations internationales en matière d’État de droit, de présomption d’innocence, de dignité humaine et de droit au respect de la vie privée et du domicile.
Ces images et pratiques rendues publiques soulèvent de sérieuses questions quant à ces obligations internationales et renforcent les inquiétudes concernant d’éventuelles violations des droits de l’homme.
Je considère que la responsabilité politique de ces mesures prises à l’encontre de M. Gagik Tsarukyan incombe au gouvernement actuel et à M. Nikol Pashinyan, qui dirige ce gouvernement.
Monsieur Pashinyan,
Je vous prie de reconsidérer les décisions prises concernant M. Gagik Tsarukyan et les mesures qui lui ont été appliquées. Montrez une fois de plus que tous sont égaux devant la loi et que nul ne peut faire l’objet d’un traitement différencié en raison de ses opinions politiques ou de son appartenance à l’opposition.
Il est primordial que ces événements fassent l’objet d’une enquête menée par des institutions indépendantes, impartiales et transparentes, et que la loi et les droits de l’homme s’appliquent de manière égale à tous.
Je suis convaincu qu’un jour, la question de la légalité des mesures prises à l’encontre de M. Tsarukyan sera pleinement élucidée devant une justice indépendante et impartiale. Si son innocence est établie, les injustices commises à son encontre apparaîtront également au grand jour. Si des personnes se sont rendues coupables de pratiques illégales, elles doivent elles aussi être amenées à rendre des comptes devant la justice.
Le droit international et l’État de droit priment sur tout le reste. Les intérêts de l’Arménie et du peuple arménien doivent passer avant toute forme de règlement de comptes politiques.
Le ressentiment, la haine et la vengeance n’ont jamais apporté de succès durable, ni de démocratie, ni de paix sociale à aucun pays.
Il ne faut pas oublier que la pression ne peut jamais constituer une forme durable de gouvernement. L’histoire a montré à maintes reprises que les pratiques répressives nuisent non seulement à ceux qui y sont soumis, mais aussi, à terme, à ceux qui les imposent.
Cette lettre ouverte n’est le fruit d’aucun règlement de comptes politique, d’aucun intérêt personnel, ni d’aucune intention de soutenir ou de cibler un camp politique particulier.
Mon seul objectif est de faire part de mes préoccupations concernant l’avenir démocratique de l’Arménie, l’État de droit, les droits de l’homme, la paix sociale et les intérêts communs de notre peuple.
Cette lettre est un appel sincère adressé à M. Nikol Pashinyan, au peuple arménien et à la communauté internationale.
J’appelle à ce que l’unité et la solidarité remplacent la division, que le dialogue remplace la confrontation, que la justice remplace les règlements de comptes politiques, et que la démocratie et l’État de droit l’emportent sur la pression.
L’avenir de l’Arménie relève de notre responsabilité commune.
Aujourd’hui plus que jamais, l’Arménie a besoin d’unité, de justice, de démocratie, de bon sens et de paix sociale.
Notre pays ne pourra se forger un avenir fort, démocratique, libre et pacifique que par le respect mutuel, la réconciliation sociale, l’engagement en faveur des droits de l’homme et l’application égale de la loi pour tous.
Respectueusement,
Demir Sönmez
Journaliste – Auteur – Photojournaliste
Défenseur des droits de l’homme